Le jour de leur rencontre, Martha et Graham s’étaient tombés dans les bras. Ils n’étaient pas les premiers mais en furent plus éprouvés que d’autres. Le soir même, le couple naissant se jura de faire l’impossible pour conserver intacte cette sensation originelle, secret mélange de vertige et de certitude, d’abandon et de retenue.
Ils durent agir vite. Le lendemain, l’habitude les courtisait déjà. Aussi ils décidèrent de quitter leur chambre à l’université. La semaine suivante ce fut la ville, puis le comté. Ils traversèrent comme ça beaucoup d’états jusqu'à ce que finalement, après des mois et des mois de quête sur le continent américain, ils trouvent miraculeusement ce qu’ils cherchaient un dimanche au bord du grand canyon.
Voilà maintenant deux ans que Martha et Graham pratiquaient du haut d'un pont de fer le saut à l’élastique. Ni l’un ni l’autre ne considéraient la chose comme un exploit, un sport de l’extrême, un moyen de plus de se dépasser. Ca n’était pas non plus pour eux l’acte égoïste du solitaire ou du blasé, mais une véritable communion de cœur et de pensée … Une corde autour de la taille, ils basculaient tête la première dans l’inconnu pour y renouveler leur amour, le purifier de vingt quatre heures d’accoutumance. Tout le temps que durait la chute, mari et femme ne se quittaient pas des yeux. D’un poids équivalent ils tombaient cote à cote, tant et si bien qu’à la fin du parcours chacun était persuadé que ça n’était pas un morceau de caoutchouc mais bien le sentiment de l’autre qui l’avait retenu.
Ils habitaient dans la roche une jolie petite maison sur pilotis. L’après-midi Graham travaillait à son roman. Il avait décidé de devenir écrivain à sa sortie de l’université. Ses professeurs l’y avaient poussé, sa mère également. Le chèque conséquent qu’elle lui envoyait tous les mois le prouvait. Elle croyait beaucoup en son fils. Graham avait certainement du talent. Pourtant, depuis qu’il connaissait Martha il n’avait pas réussi à noircir une seule page.
Martha quand à elle ne faisait rien sinon s’occuper de son intérieur. Elle avait vu pour cela beaucoup de spécialistes et passait le plus clair de son temps à surveiller son ovulation. Elle espérait beaucoup un fils. Martha ferait sûrement une bonne mère. Seulement voilà, depuis qu’elle fréquentait Graham elle n'avait pas pu prendre un seul kilo.
Le soir venu, mari et femme dînaient de surgelés sur la terrasse en regardant l'or du couchant s’enfuir derrière les montagnes. Le romantisme était toujours au rendez vous. Jamais ils ne terminaient leurs assiettes mais finissaient par terre, sous la table, à faire l’amour comme au premier jour.
Et la vie passa.
Ils durent agir vite. Le lendemain, l’habitude les courtisait déjà. Aussi ils décidèrent de quitter leur chambre à l’université. La semaine suivante ce fut la ville, puis le comté. Ils traversèrent comme ça beaucoup d’états jusqu'à ce que finalement, après des mois et des mois de quête sur le continent américain, ils trouvent miraculeusement ce qu’ils cherchaient un dimanche au bord du grand canyon.
Voilà maintenant deux ans que Martha et Graham pratiquaient du haut d'un pont de fer le saut à l’élastique. Ni l’un ni l’autre ne considéraient la chose comme un exploit, un sport de l’extrême, un moyen de plus de se dépasser. Ca n’était pas non plus pour eux l’acte égoïste du solitaire ou du blasé, mais une véritable communion de cœur et de pensée … Une corde autour de la taille, ils basculaient tête la première dans l’inconnu pour y renouveler leur amour, le purifier de vingt quatre heures d’accoutumance. Tout le temps que durait la chute, mari et femme ne se quittaient pas des yeux. D’un poids équivalent ils tombaient cote à cote, tant et si bien qu’à la fin du parcours chacun était persuadé que ça n’était pas un morceau de caoutchouc mais bien le sentiment de l’autre qui l’avait retenu.
Ils habitaient dans la roche une jolie petite maison sur pilotis. L’après-midi Graham travaillait à son roman. Il avait décidé de devenir écrivain à sa sortie de l’université. Ses professeurs l’y avaient poussé, sa mère également. Le chèque conséquent qu’elle lui envoyait tous les mois le prouvait. Elle croyait beaucoup en son fils. Graham avait certainement du talent. Pourtant, depuis qu’il connaissait Martha il n’avait pas réussi à noircir une seule page.
Martha quand à elle ne faisait rien sinon s’occuper de son intérieur. Elle avait vu pour cela beaucoup de spécialistes et passait le plus clair de son temps à surveiller son ovulation. Elle espérait beaucoup un fils. Martha ferait sûrement une bonne mère. Seulement voilà, depuis qu’elle fréquentait Graham elle n'avait pas pu prendre un seul kilo.
Le soir venu, mari et femme dînaient de surgelés sur la terrasse en regardant l'or du couchant s’enfuir derrière les montagnes. Le romantisme était toujours au rendez vous. Jamais ils ne terminaient leurs assiettes mais finissaient par terre, sous la table, à faire l’amour comme au premier jour.
Et la vie passa.
Les trente années qui suivirent ils retournèrent à chaque aurore sur le pont de fer.
Aujourd’hui, une foule immense les y attendait. La télévision était là également. Le ressort du couple quinquagénaire avait acquis le statut de légende. Le saut de ce matin allait être retransmis dans tout le pays.
Aujourd’hui, une foule immense les y attendait. La télévision était là également. Le ressort du couple quinquagénaire avait acquis le statut de légende. Le saut de ce matin allait être retransmis dans tout le pays.
Pour Martha et Graham ça ne changeait pas grand chose. Ils firent exactement comme hier et avant hier. Graham noua consciencieusement la corde autour de la taille de sa femme et Martha agit de même pour lui. Ils ne voulurent pas qu’on les aide à enjamber la balustrade.
Ils s’élancèrent dans le vide.
A cet instant, sur la passerelle ou devant leur téléviseur, des millions d’américains furent tentés de retenir leur souffle, d'empoigner la rampe métallique ou le bras velouté de leur canapé. Pourtant il n’en fut rien. Pas un coeur ne se serra. Pas un cil ne cilla. Chacun les avait vus s’attacher. Il ne pouvait rien leur arriver.
Ils s’élancèrent dans le vide.
A cet instant, sur la passerelle ou devant leur téléviseur, des millions d’américains furent tentés de retenir leur souffle, d'empoigner la rampe métallique ou le bras velouté de leur canapé. Pourtant il n’en fut rien. Pas un coeur ne se serra. Pas un cil ne cilla. Chacun les avait vus s’attacher. Il ne pouvait rien leur arriver.